jueves, 20 de diciembre de 2012

Solitude


J'ai toujours trouvé que je suis un être de peu de mots. Dès ma plus tendre jeunesse, là ou tout ce qui comptait était de savoir taper sur un ballon et dessiner des lapins, ma timidité et mon obstination a ne pas m'approcher à quoi que ce soit que je ne connaissais pas firent rapidement de moi le paria du groupe, l'enfant invisible, celui que personne ne connaissait ou même regardait. Malgré de répétés efforts pour me faire admettre, je n'arrivais pas a m'unir a la masse, a cette foule insensée qui n'est rien mais qui vaut tout pour nous. <<Je suis spécial>> me disais-je, pour me rassurer, mais je compris vite la cause de la futilité de mes efforts: Le contact humain me dégoute, comme les gens "normaux" -comme ils disent - seraient répugnées par une limace leur parcourant la peau, répandant sur leur chair la substance gluante et visqueuse qui leur est caractéristique.

<<Un jour>>, je me répète toujours, <<Un jour je vais tous les surpasser, les laissant hébétés devant l'étendue de ma grandeur.>> 

Pendant ce temps, me voici.
Dans mon temple sacré.
Le seul endroit ou je peux avoir du calme, assez pour penser et rêver a mon aise.
La cave au charbon abandonnée, sous la cuisine de mon lycée.

J'admets que ce n'est pas le luxe, mais je dois dire qu'a travers les années, ce petit espace a été mon point de référence, la récompense que je me promettais pour me sortir des situations difficiles ou fastidieuses auxquelles me confrontaient régulièrement mes professeurs. Mon Vatican a moi seul, il est vrai, n'avait l'air de rien: les murs sont lézardés, prêts a s'écrouler a tout moment; la lumière ne provient que d'un petit orifice du toit et l'odeur de la houille est toujours présent, même si je n'y ai jamais vu un gramme de charbon. Et pourtant, je suis son pape,le seul a y aller et a connaitre son existence, et je ne changerais ce repaire pour rien au monde.

C'est, je dois le dire, l'endroit idéal pour rêvasser, et parfois, même la forte et désagréable sonnerie qui signale la fin de mon extase échoue a me faire sortir de ce merveilleux état dans lequel me plonge cette pièce, ce qui me valut plusieurs fois des sanctions. Mais malgré les menaces, j'y revenais le jour suivant: j'en avais besoin, comme une drogue qui pulsait dans mes veines et faisait battre mon coeur. 
Ce lieu arrêtait le temps et distordait l'espace: quand j'y étais, je ne me sentais plus moi-même; j'étais un être immatériel dont la pensée dérivait vers des endroits lointains et inconnus.

Une des rares divagations récurrentes était celle de ma découverte de cette pièce. 

Je fuyais, peut-être de quelqu'un d'autre, peut-être de moi-même, de ce que j'aurais du être, de ce que j'aurais pu être, quand je trébuchai et tombai a plat ventre sur une planche en bois. Ayant toujours eu une curiosité innée, je la soulevai, voyant apparaitre de sombres escaliers de pierre.

J'y pénétrai sans hésiter, ayant plus peur de mon poursuivant que de l'obscurité qui se présentait a moi. L'instant ou j'entrai dans la chambre, je sentis un profond calme, et je fus plongé dans un état d'exaltation que je ne peux pas décrire, et beaucoup moins expliquer. C'est alors que je commençai a fréquenter cette pièce, et a chaque fois que j'y revenais, je sentais une émotion nouvelle, un sentiment profond qui me touchait l'âme et me rehaussait l'esprit.

Et aujourd'hui encore, je vais en cet endroit magique; je connais tous ses recoins, toutes ses cavités. Et c'est d'ici, de ce banal mais a la fois merveilleux trou, que j'écris ces quelques pages, pour me distraire, pour faire passer ce temps qui ne passe jamais, pour, quand je serai vieux, et je ne pourrai plus revenir en ce féerique endroit, pouvoir au moins me plonger dans mes mémoires de l'heureuse ivresse pour laquelle je venais, pour laquelle je viens.

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